Privilégiée par ses façades maritimes, la France fut le théâtre, jusqu'à la dernière guerre, de remontées de saumons incroyables. Le saumon atlantique né dans les rivières françaises, profite de ses deux ou trois premières années pour grossir tranquillement en eau douce. Il rejoint ensuite la Manche ou l'océan Atlantique et file vers les eaux froides du nord où il établit sa résidence pour deux ou trois ans, tout en se nourrissant abondamment. Il regagne alors sa rivière natale afin, à son tour, de se reproduire. La plupart des poissons meurent d'épuisement après cet acte, rares sont ceux qui réussissent à redescendre en mer. Il faut dire qu'une fois en eau douce, le saumon ne se nourrit plus, il brûle ses réserves dans ses efforts considérables déployés pour remonter le courant des cours d'eau. Un passé glorieux Le saumon abondait tellement dans les rivières de Bretagne, de l'Allier, des Pays de Loire, du Sud-ouest. que les anglais, les irlandais et autres écossais venaient en nombre pêcher ce poisson au moment des grandes remontées, en juin et en septembre. Des hôtels de luxe prospéraient dans les villes situées sur les cours d'eau. Ces hauts lieux se nommaient Brioude, Navarrenx, Châteaulin.Les bijoutiers, fleuristes, gantiers, fourreurs, traiteurs, restaurateurs y trouvaient aussi leur compte. Plusieurs de ces villes dont le cour battait au rythme des passages de saumons ont d'ailleurs fait figurer ce poisson sur leur blason. Avant la guerre de 14, les ouvriers qui travaillaient dans des entreprises proches de rivières à saumons comme la Loire tout au long de son cours par exemple, bénéficiaient de contrats par lesquels il était fait obligation à leurs employeurs de ne pas leur servir du saumon plus de trois fois par semaine ! Cette époque fastueuse fut mise à mal par les pêches professionnelle excessives réalisées au filet dans les estuaires ( privilège, toujours vivace de nos jours, accordé par Louis xiv en échange d'un engagement durable dans son armée en pénurie d'hommes ), le développement d'une agriculture et d'une industrie polluantes, la construction de barrages dépourvus d'aménagements favorisant la remontée et la descente des poissons.En un demi siècle, cette richesse naturelle incroyable fut pratiquement anéantie. Un présent encourageant Des efforts méritoires, parfois contre vents et marées, ont été faits ces dernières années par des associations de pêcheurs et le Conseil supérieur de la pêche, afin de favoriser la présence, la migration et surtout la reproduction du saumon dans les rivières françaises. Des résultats encourageants sont observés. De magnifiques prises ont été réalisées en 2002, notamment sur le gave d'Oloron dans le sud-ouest, sur la Sée et la Sélune dans la Manche. Il est toujours difficile de connaître précisément les meilleurs endroits. Ce qui est sûr c'est qu'il est aujourd'hui possible de capturer des saumons en France. Ceci est d'autant plus intéressant que les pêcheurs qui se sont rendus l'année dernière, plein d'espoirs, en Irlande ou en Ecosse, ont été très déçus. Les modes de pêche pratiqués en début de saison, par eaux hautes et fortes, sont le lancer à la cuiller, au devon, au vers ou à la crevette. Dès que les eaux baissent et que le soleil réchauffe les corps et les cours, c'est le temps de la mouche artificielle. La pêche du saumon pour ceux qui ont eu la chance de réussir devient une vraie drogue. Les qualités requises pour devenir un véritable pêcheur de saumon sont d'abord la patience et la persévérance, viennent ensuite la compréhension de la rivière et des mours du poisson. La conviction s'impose, mais chaque pêcheur n'est-il pas un convaincu ? Un vieil adage dit : « Un vrai pêcheur de saumons, quand il pêche la truite pense au saumon, et quand il pêche le saumon, oublie la truite ». Alors, ne perdez pas de temps. |