A croire les témoignages divers de pêcheurs occasionnels, la pêche du saumon à la mouche serait totalement aléatoire, ce serait une chance de prendre un poisson. Surtout à la mouche, puisque le saumon ne se nourrissant pas en eau douce, le prendre avec une mouche artificielle serait un défi. Il y a un peu de vrai là dedans, les pêcheurs de saumon bien plus expérimentés que moi le confirmeront sans hésiter. Ces assertions, aussi fondées soient-elles, dégagent les voyagistes de toute responsabilité, rassurent les pêcheurs qui ne maîtrisent pas grand chose, les empêchant par là même de progresser, arrangent les organisateurs étrangers qui rejettent sur ce poisson si difficile les bredouilles à répétition. Le saumon est le poisson idéal, si on en prend pas, c'est de sa faute à lui et à lui seul ! Comme dans toutes les pêches, la patience et l'obstination sont des qualités indispensables. Les natures les plus impatientes apprennent à attendre et espérer grâce à la passion qu'ils éprouvent pour la pêche du saumon ou d'un autre poisson. Ceci dit, la chance à bon dos ; le technique, la compréhension de la rivière et du comportement du saumon, de la mouche à employer aussi, sont des atouts majeurs qui président à la réussite. - La technique de lancer est très importante, que ce soit avec une canne à une main ou à deux mains. Il faut poser précis et délicatement pour le pas, avec des posers maladroits et répétitifs, caler le poisson. Lancer loin n'est pas nécessaire, il faut lancer juste. Un lancer juste est celui qui anticipe intelligemment la dérive de la mouche et du bas de ligne. La mouche doit prendre la bonne veine d'eau et se présenter à la bonne profondeur, tout en paraissant vivante. Cette illusion de vie agace le poisson à jeun et l'incite à prendre la mouche. Par ailleurs, lancer loin, ce qui est malgré tout souvent indispensable, ne signifie pas pêcher les saumons qui sont éloignés, mais s'éloigner soi même des saumons, même de ceux que l'on peut approcher, ceci afin de ne pas les effrayer. - La compréhension de la rivière est un élément majeur. Le relief sous l'eau nous est inconnu quand on n'a pas passé sa vie sur ses bords. Les trous, les grosses pierres immergées sont des points importants qu'il faut deviner. Les saumons qui remontent une rivière se reposent presque tous toujours au même endroit. Ils stationnent des heures, des jours, parfois des semaines dans un endroit tranquille, à l'abri de tout ce qui peut les gêner et à un point stratégique pour reprendre leur course le moment venu. Il est évident que ces éléments varient selon le niveau d'eau, la vitesse du courant, la lumière extérieure, la température aussi. La mouche joue un rôle très important à mon avis. Sa taille bien sûr, la qualité de sa nage, son aspect. Pour la truite, on a coutume de dire : temps clair, mouche claire, temps sombre, mouche sombre. Je suis persuadé que ce n'est pas aussi vrai pour le saumon. D'abord, comme pour la truite, le temps clair n'est pas idéal. Le grand beau temps encore moins. La raison de cet état de fait tient, à mon avis, aussi bien pour la truite que pour le saumon, à des problèmes d'acuité visuelle liés à la forme plate de la cornée de l'oil de ces poissons. La lumière les éblouis. Quand il fait très clair, les saumons cherchent la pénombre qu'ils ont connu toute leur vie en mer. Ceci explique pourquoi, selon moi, la brillance des mouches est si essentielle, pour des raisons différentes pour les saumons par rapport aux truites, parce que ces dernières se nourrissent et que la brillance pour la truite est gage de vie ; pour le saumon, elle est gage d'une présence visuelle, elle est un repère. Mais je développerai dans un autre propos mes croyances relatives aux mouches à saumon qui président à la construction des mes propres mouches. |